François FILLON

 

Il est complètement sous l’emprise du texte et sa préoccupation première, lors de ses interventions en public, est de bien lire ses papiers. La silhouette est celle d’un homme recourbé sur ses feuilles, le menton dans le creux du cou. Mais qui est donc ce vieil homme qui s’appuie sur le pupitre comme on le ferait avec une canne ?

 

 


Un orateur ne peut pourtant pas se limiter au service minimum de la lecture. L’objectif premier est d’INTERPRÉTER le texte, de lui insuffler de la vie, de captiver, de magnétiser, d’électriser, de faire vibrer l’auditoire et l’emporter dans un tourbillon d’adhésion. L’indispensable communion avec le public. Le battement cardiaque de l’échange vrai et non pas ce monologue unidirectionnel auquel on assiste.


François Fillon est dans la solitude de sa parole et de sa réflexion. Même s’il relève régulièrement (trop brièvement) la tête, il se révèle être un lecteur et non pas un orateur. Le problème vient du fait qu’il accorde la primauté à l’intelligence dont la quintessence s’exprime, pour lui, dans le texte. Il s’adresse avant tout à la raison.


C’est une intelligence qui veut parler à d’autres intelligences, plutôt que de convoquer l’émotion
, chose que sait très bien faire son ancien patron, Nicolas Sarkozy. La déformation est typiquement bureaucratique. Or, nous l’avons déjà dit, on convainc beaucoup plus efficacement par l’affect que par l’intellect. C’est le cerveau qui commande chez lui en laissant peu de place aux tripes. Cette « insensibilité » fait qu’il reste le mieux placé pour faire passer les réformes difficiles et anti populaires. Souvenez-vous de la réforme de la retraite.

 

Il ne lâche jamais ! La maison peut prendre feu qu’il n’en a cure.  Jean-François Copé l’a appris à ses dépens lors des Primaires de l’UMP

Il sait aussi, avec une égale insensibilité, encaisser les coups et les humiliations. Jamais il n’étalera son exaspération et les bleus sur son corps en public. Rien de son âme en pâture à la foule. François Fillon se veut un Seigneur de la politique.

D’humeur égale, il se fend d’un rictus permanent qui ne doit pas tromper. En réalité l’homme est froid. Ni l’expression de la colère, ni celle de la joie rieuse. Il est rare de voir toutes ses dents briller au dehors.

Il ne voit pas du tout la nécessité de théâtraliser son corps et sa personne. Il accorde très peu de crédit à ce qui lui paraît de l’ordre de l’artifice de la mise en scène et du bling-bling. C’est un anti-Sarkozy dans le comportement.


Au cours de ses cinq années en tant que 1er Ministre, les rôles semblaient bien répartis entre lui et son Président : à ce dernier l’émotion, la sensibilité, l’agitation et la théâtralisation, avec les mille risques encourus, et à lui l’impassibilité, la sérénité et l’intelligence. Rappelons que c’est bien lui, François Fillon, qui avait rédigé le programme de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L’histoire nous dira lequel de l’émotion ou du cerveau l’emportera. « François l’intelligent » ou « Nicolas l’hyper émotif » ?


Bien évidemment, cette dichotomie est à relativiser car les choses ne sont pas aussi tranchées. Mais parmi les vertus de la caricature il y a la mise en relief des principaux traits.

A partir de ce positionnement observé de notre sujet, de nombreux défauts apparaissent au jour. Ses discours manquent crucialement de variation et de rythme. Sa totémisation est défaillante. Sa gestuelle, parcimonieuse, ne prolonge pas suffisamment sa pensée et sa parole. Et le butinage de son regard est fort déficient. Il ne cherche pas vraiment à accrocher le regard de son public.

Le nez dans le guidon et extrêmement confiant en son étoile, il fonce.

Quant à sa voix, nous constatons de graves carences, surtout en meeting. Il l’avait tout simplement cassée en 2012 à la Place de la Concorde, lors de la dernière campagne présidentielle. Il donnait l’impression, avec sa voix haut perchée, de vouloir remplir l’immensité de la place. La voix de tête n’est pas le recours. Il doit adopter la bonne résonance et s’appuyer sur un diaphragme bien raffermi.

François Fillon ambitionne de présider au destin de la France. L’intelligence seule ne suffira pas. Il aura aussi à mobiliser les techniques d’interprétation adéquates de son savoir. A ce niveau d’ambition nul ne peut faire l’économie des Règles de l’Art Oratoire. Le technocrate doit se muer en tribun car il faudra battre campagne. S’exalter pour exalter les autres. Pour l’emporter il lui faudra séduire au-delà du seul argument de la compétence. Et, en matière de séduction, justement, le capital de Nicolas Sarkozy, doublé d’un réel talent, est intact.

En ne bougeant pas et en prenant peu de risques François Fillon demeure bien placé dans les sondages. L’entêtement n’est pas forcément une prise de risques. Son ambition présidentielle le place désormais en première ligne. La donne change complètement : Il aura à se faire violence.

Le texte n’est qu’un support, ce n’est jamais une finalité. Il devra s’ouvrir vraiment à son public. Lui parler vraiment, convoquer le cœur à côté du cerveau, vivre le vivant, ici et maintenant.

Les ornements de style devront être complétés par le mouvement de la passion.

Le texte n’est pas à débiter d’un seul trait. Il appelle des arrêts, des silences, des reprises brusques ou progressives, des accélérations, des décélérations, une riche musicalité. En somme, la vibration de la vie.

Tout cela exige de l’entraînement, des exercices répétés sous le contrôle de formateurs avisés, comme dans le fabuleux film Le Discours d’un Roi.

On ne parle pas à un public. On parle avec le public.

Il serait temps que l’on rentre dans une république de grands Orateurs.

 

Meeting à Mandelieu, le 14 juin 2013
Et autres interventions en public (meetings, interviews…)

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